Pour une meilleure intégration des droits  en matière de santé sexuelle et reproductive et de la nutrition dans le continuum des soins
01 Juil 2015

Pour une meilleure intégration des droits en matière de santé sexuelle et reproductive et de la nutrition dans le continuum des soins

01 Juil 2015
Récemment l’évaluation conjointe des interventions du MAEDI et de l’AFD en matière de santé maternelle et infantile pour mettre en œuvre des engagements pris par la France à Muskoka a souligné le manque de prise en compte des droits en matière de santé sexuelle et reproductive et de la nutrition dans les projets. Afin d’améliorer l’efficacité et les résultats des prochaines dépenses en santé de la France, le Collectif Santé 2015 recommande de considérer l’ensemble des composantes du continum de soins pour assurer l’exercice des droits sexuels et reproductifs et l’accès aux services de santé.   I/ FINANCER LES DROITS EN MATIERE DE SANTE SEXUELLE ET REPRODUCTIVE POUR CONCRETISER L’ENGAGEMENT DIPLOMATIQUE DE LA FRANCE. Les financements actuels en faveur de la santé et des droits sexuels et reproductifs ne parviennent déjà pas à suivre une demande de plus en plus croissante. Les estimations sur la décennie à venir révèlent que le nombre de personnes ayant un besoin en matière de contraception augmentera de 100 millions, avec une hausse de 33% des adolescentes en âge de procréer. La santé et les droits sexuels et reproductifs ne bénéficient pas de financements suffisants et doivent être une priorité de l’agenda post-2015.
RAPPEL – Chaque jour, 800 femmes meurent de causes évitables liées aux complications dues à la grossesse et à l’accouchement. – Cette année, 225 millions de femmes dans les pays en développement veulent prévenir une grossesse, mais n’ont pas d’accès à une contraception efficace ni à des services de qualité. – Chaque année, on dénombre 80 millions de grossesses non désirées à travers le monde et 47000 décès des suites d’un avortement à risque. – Dans les pays à faible revenu, seulement 34% des femmes enceintes reçoivent des soins prénatals adéquats. – Allouer un 1USD aux services de contraception permet d’économiser 1,47USD sur les soins liés à la grossesse.
La loi d’orientation et de programmation relative à la politique de développement et de solidarité internationale adoptée en juillet 2014 réaffirme que « l’amélioration de la santé reproductive, sexuelle, maternelle, néonatale et infantile, ainsi que les politiques de population dans les pays prioritaires d’Afrique subsaharienne » forment l’un des « trois grands enjeux » de l’action française en matière de santé. L’évaluation à mi-parcours de Muskoka conclut à « un manque de vision stratégique qui limite la cohérence interne et la lisibilité du dispositif ». En effet l’approche actuelle des projets Muskoka est en décalage avec le discours institutionnel de la France et ne prend pas suffisamment en compte les recommandations internationales. Les interventions à venir doivent porter une plus grande attention à la santé sexuelle, notamment l’éducation à la sexualité, les violences sexuelles, les mariages forcés et précoces et la prise en charge médicalisée des grossesses non désirées. La France, qui depuis plusieurs années affirme régulièrement sur la scène internationale son intention d’assumer un rôle de leadership dans la promotion des DSSR, doit aujourd’hui accompagner son discours d’actes concrets à travers l’allocation de fonds significatifs après 2015. Nous recommandons d’aller au-delà de la santé maternelle et d’élargir l’approche à celle de la santé et des droits sexuels et reproductifs. Les droits en matière de santé sexuelle et reproductive ne peuvent pas attendre un éventuel futur contexte économique plus favorable !     II/ INTEGRER LA PRISE EN CHARGE DE LA MALNUTRITION AU CONTINUUM DE SOINS La loi d’orientation et de programmation relative à la politique de développement et de solidarité internationale fait également de la lutte contre la sous-nutrition une nouvelle priorité de la politique française de développement. De même le document d’orientation stratégique Enjeux de population et de droits sexuels et reproductifs 2015-2020 reconnait la sous-nutrition comme un facteur déterminant de la santé sexuelle et reproductive. C’est la première fois qu’une stratégie française fait le lien entre nutrition et DSSR.   Il faut maintenant transformer les discours en actes. Adopter une approche globale du continuum de soins pour les femmes et les enfants dans son aide en santé permettrait à la France de renforcer significativement son action en matière de lutte contre la sous-nutrition tout en renforçant l’impact des programmes DSSR. Cette approche est rentable car elle augmente le nombre d’individus diagnostiqués et traités. En effet :
  • Les pays de la zone prioritaire française fortement touchés par la sous-nutrition sont pour beaucoup ceux qui enregistrent de forts taux de mortalité materno-infantile et de forts taux de fécondité.
  • La période pendant laquelle une femme doit être accompagnée dans sa grossesse et sa maternité est aussi celle où elle et son enfant sont les plus exposés à la sous-nutrition.
  Nous recommandons de considérer l’intégration de la nutrition et des soins sexuels et reproductifs comme des éléments essentiels d’une offre de soins complète et dans la politique de renforcement des systèmes de santé, en particulier dans les pays les plus touchés par la sous-nutrition.
RAPPEL – 12% des décès néonataux sont liés à un développement fœtal amoindri, lui-même associé à une taille et un poids insuffisants chez la mère. – Près de 45% des 6,3 millions de décès d’enfants annuels sont liés à la sous-nutrition. – Selon l’OMS, 32 millions de nourrissons dans les pays à faibles et moyens revenus souffrent d’un faible poids à la naissance. – Chaque année 500 000 enfants décèdent faute d’un allaitement adapté à leurs besoins nutritionnels – 9 enfants sur 10 souffrant de malnutrition aigüe sévère n’ont pas accès à un traitement adapté
Le statut nutritionnel des femmes représente une partie intégrante d’une stratégie de prévention de la malnutrition. Les programmes de DSSR constituent un canal privilégié pour lutter (diagnostiquer, prévenir et traiter) contre la sous-nutrition, priorité de la politique française de développement ! Vous trouverez plus d’informations sur l’intégration de la nutrition et des DSSR dans ce document de position rédigé par Génération Nutrition France   Nous recommandons que les financements bilatéraux soient orientés : – vers une approche par les droits, et plus particulièrement l’égalité femmes-hommes, dans la mesure où les DSSR sont la première priorité sectorielle de la stratégie « Genre et Développement » de la France ; – vers l’intégration des soins nutritionnels à l’offre de soins sexuels et reproductifs ; – vers une meilleure prise en compte des enjeux liés à la prévention et prise en charge des grossesses non désirées ; – vers le renforcement de la lutte contre les violences liées au genre et les pratiques culturelles néfastes telles que les mutilations sexuelles féminines ; – vers les jeunes, et plus particulièrement les adolescentes ; – vers un meilleur équilibre entre l’offre et la demande.
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